Les femmes artistes dans le jeu de rôle : interviews


Je m’intéresse beaucoup à la question de l’égalité entre hommes et femmes ; j’ai, comme tout le monde, remarqué que le monde du JDR est majoritairement masculin, en ce qui concerne les joueurs, mais aussi les auteurs, voire les artistes en général.

J’ai donc décidé de proposer une interview aux auteures (ainsi que de façon plus générale, à toutes les artistes liées au JDR) pour leur demander des retours sur leur expérience, sur leur ressenti en tant que femme dans un monde rôlistique très masculinisé. Au final, j’ai écrit les questions auxquelles je vais moi aussi répondre.

J’attends encore quelques interviews que je rajouterai au fur et à mesure.

 

Présentation

1. Pourrais-tu te présenter ?

Morgane Reynier : Avec plaisir. Je m’appelle Morgane Reynier et j’ai 27 ans. Je suis guide-animatrice sur un chantier médiéval et auteur de jeu de rôle. J’apparais aussi de temps à autre comme podcasteuse sur La Cellule, un podcast hebdomadaire autour du jeu de rôle.

Axelle Bouet : Axelle Bouet, mon nom de plume et d’artiste est psychée, un vieux surnom que je porte depuis 20 ans. J’ai 44 ans, je vis dans le Valais Suisse, et je suis illustratrice freelance et romancière.

Alysia Lorétan : Hmmm… oui ça devrait être possible. Je porte le prénom et patronyme d’Alysia Lorétan. Suissesse depuis toujours, assez jeune pour avoir connu les années sans internet, la chute du mur de Berlin, savoir ce que veut dire URSS, Tchernobyl. Dilettante dans plein de domaines avec une nette orientation pour tout ce qui touche à la création.

Emilie Latieule : Me présenter ? Je suis une femme, une mère, une amie, une rôliste, une chieuse et plein d’autre choses…

Katia Nugnes : Je m’appelle Katia Nugnes, j’ai trente ans, je suis professeure de français en collège.

J’ai participé à l’écriture du kit d’initiation du J.D.R auto-édité Ladies ; je m’attelle maintenant, avec Vincent Henry, à l’amélioration du livre de règles qui devrait sortir l’année prochaine, pendant que Cyril Benoît écrit des scénarios.

  1. Comment as-tu découvert le JdR ?

    Morgane Reynier : Je dois mes premières parties à un animateur de centre aéré qui nous mastérisait une sorte de Donjon&Dragon de son cru. J’avais donc une dizaine d’années.

Axelle Bouet : J’avais 11 ans, en Corse, où j’ai grandi. Une bande de vacanciers Parisiens jouaient à D&D, ils m’ont fait essayer, et depuis que j’y suis tombé, je n’en suis jamais sortie !

Alysia Lorétan : A la sortie de mon enfance et après avoir écumé une quantité de livres dont vous êtes le héros, je suis tombée sur la série Terres de Légendes de la même collection ainsi que l’Oeil Noir. D’abord en petit comité de deux personnes avant de rassembler à la sortie de mon adolescence une bande d’amis pour leur faire découvrir le JdR avec Terres de Légendes puis mon coup de cœur, d’amour : Shadowrun 2ième Edition. La suite a été simple, je n’ai pas arrêté jusqu’à aujourd’hui.

Emilie Latieule : Par hasard avec un ex.

 

Katia Nugnes : Je n’ai commencé à jouer aux jeux de rôle qu’à l’âge adulte, vers vingt-cinq ans. Le concept m’intéressait, mais jusque-là, je n’avais pas eu l’occasion de tester ; personne n’y jouait dans mes connaissances. J’ai adoré cette découverte progressive. J’ai perçu le jeu de rôle comme un livre interactif. Chaque partie de jeu me faisait visualiser l’action, comme si je lisais un roman, mais avec des images mentales bien plus fortes du fait que je participais au déroulement de l’histoire.

 

  1. Depuis combien de temps ?

    Morgane Reynier : Cela fait donc bien quinze ans que je pratique le jeu de rôle, de façon plus ou moins fugitive. J’ai fait beaucoup de Grandeur Nature durant 6 ans avant de me remettre au jeu de rôle plus sérieusement. En fait, depuis que j’ai découvert le forum des Ateliers Imaginaires via le jeu de Fabien Hildwein, Monostatos.

Axelle Bouet : Comment dit plus haut, je suis rôliste depuis 33 ans.

 

Alysia Lorétan : Plus d’un quart de siècle.

Emilie Latieule : J’en ai aucune idée, il faut déjà que je fasse le calcul quand on me demande mon âge alors depuis combien de temps je joue, longtemps.

 

Katia Nugnes : Cela ne fait que cinq ans que j’ai découvert le jeu de rôle, et trois que je pratique en association.

  1. Quels univers te plaisent et quels jeux maîtrises-tu ?

    Morgane Reynier : Je ne suis fermée à aucun univers. J’ai beaucoup apprécié Vampire Requiem à une époque et depuis que je gravite dans le milieu indépendant, je découvre sans cesse de nouveaux univers fascinants. Si j’aime beaucoup les jeux d’influences asiatiques (comme L5R ou Prosopopée), je me régale avec les space opéra à la Star Wars ou à la Mass Effect. Les univers très poétiques et légendaires, comme le Polaris de Ben Lehman, me touchent beaucoup également. Je suis finalement très éclectique !  J’aime quand les systèmes sont simples et efficaces ou quand les personnages ont la liberté de développer une grande profondeur psychologique et sentimentale.
    J’ai mastérisé pas mal de jeu de rôles indépendants : Prosopopée, Perdus sous la Pluie, Monostatos, bref, tout ceux que vous pouvez trouver sur les Ateliers. Je me suis également lancée dans Sens Hexalogie (qui est mon coup de cœur absolu). Une chose est sûre, je n’ai jamais essayé les grands classiques du jeu de rôle. Je préfère y jouer.

Axelle Bouet : Alors mon chouchou en JDR est Mage, l’Ascension, suivi de près par Tigres Volants et Pendragon. J’ai une grande affection pour les jeux et univers privilégiant l’interprétation et le rythme héroïque, voire blockbuster. J’adore la science-fiction, mais très peu de jeux ont pu me convaincre, Polaris est l’un des rares avec Tigres Volants, malgré le coté rebutant de ce jeu très hard-science. Et je suis encore plus difficile en fantasy, avec une claire attirance pour les univers uchroniques, c’est à dire proches de l’histoire, mais qui en dérivent ou prennent un aspect fantastique ou très différent.

 

Alysia Lorétan : La condition première est que le monde doit être riche, intéressant de mon point de vue et qu’il m’inspire. Mais mon jeu préféré et le plus inspirant est Shadorun.

Emilie Latieule : J’aime les univers médiévaux fantastiques, les univers sombres et dark ou encore post apo. Et il m’arrive de maitriser Vermine.
Katia Nugnes : C’est assez étonnant à dire, mais l’univers m’importe peu : ce qui est primordial pour moi, c’est la façon de maîtriser du meneur. S’il privilégie un univers ouvert, et qu’il s’adapte à ses joueurs, tout univers me convient. Si par contre, tout est téléguidé du début à la fin, je m’ennuie. J’aime aussi quand la psychologie des personnages n’est pas superficielle (et quand tout ne tourne pas autour du combat).

J’ai de très bons souvenirs de Deadlands, Cyberpunk, Aegyptus, Monde des ténèbres, INS/MV, Mississipi, Cthulhu, Maléfices.

J’ai même apprécié une partie de Donjons et dragons car le meneur en a fait une enquête magique à résoudre, dans un cadre assez original, qui laissait planer une ambiance assez sombre et féerique à la fois.

J’ai déjà maîtrisé, en dehors de Ladies, les jeux Deadlands et Necropolice.

 

  1. A quels créations as-tu participé ?

    Morgane Reynier : Je suis l’auteur d’un jeu de rôle épistolaire alchimique : Sur la route de Chrysopée, et de deux autres jeux à l’état de beta : Chrysalis (un freeform pour le concours du Game Chef 2015) et La Cause, un jeu 3 en 1 autour des idées révolutionnaires.

Axelle Bouet : A part Les Chants de Loss, mon propre jeu de rôle en cours de création avec mes deux co-créatrics, je n’ai véritablement participé qu’à Tigres Volants, de Stéphane Gallay. Après, j’ai été relectrice ou correctrice sur plusieurs vieux jeux (quand je dis vieux, c’est 20 ans et plus), mais sans participer à la création.

Alysia Lorétan : En mettant de côté toutes les créations faites et jamais finies d’univers et de monde faites avec un ami lors des cours à l’époque : une seule, les Chants de Loss

Emilie Latieule : Aucune en dehors de Loss.

 

Katia Nugnes : Ladies uniquement.


  1. Quel est ton rôle dans l’équipe (ou dans les différentes équipes) ?

    Morgane Reynier : Et bien je suis le capitaine à bord ! Je suis l’auteur des textes, je réalise la mise en page et la diffusion des jeux via un site web que j’ai conçu. Et comme je suis indépendante, je suis chargée de publier mes jeux. Auteur/graphiste/web manager/éditeur… le C.V s’allonge.

Axelle Bouet : La chef du projet. Je suis la romancière qui écrit les tomes des Chants de Loss, et la rédactrice et principale créatrice du JDR, ainsi que la directrice artistique du projet, chapeautée et aidée par Alysia Lorétan et Emilie Latieule, qui ont charge de plusieurs secteurs, mais surtout de relire, valider et corriger et rectifier mes bafouilles. Et y a du boulot, car on ne voit pas ses bourdes de système, de mécanique, de fond et de forme, toute seule.

Alysia Lorétan : Relectrice, correctrice, maquettiste, soutien.

Emilie Latieule : Pour Loss, j’aide, je partage mes idées et je soutiens Axelle.

 

Katia Nugnes : J’écris certaines parties des livres de JDR, je rédige des scénarios. Je m’occupe aussi de diverses autres tâches nécessaires (édition etc.).

 


  1. Fais-tu des conventions régulièrement ? Lesquelles ?


    Morgane Reynier : Ma première convention comme auteur ce fut Octogônes en 2015 , avec le stand des Ateliers Imaginaires. J’ai aussi animé un peu les tables des Utopiales de Nantes. C’est parti pour durer.

Axelle Bouet : Pour des questions de moyens, je ne fais que les conventions en Suisse romande, donc Divinasion, orc’idée, la convention du Dé qu’a dents, pour le moment, seulement des conventions de JDR, mais c’est parti pour changer.

Alysia Lorétan : Régulièrement plus vraiment mais les dernières faites sont : Orchidée 2015, Divination.

Emilie Latieule : Non, je ne fais pas de conventions.

 

Katia Nugnes : Nous sommes allés à Octogônes, à Lyon. Nous avons fait la Nuit du jeu à Tournon-sur-Rhône. Nous serons aussi au Troll penché à Audincourt. Nous pensons aussi venir au Salon Fantastique, à Paris.


  1. Dans ta famille, y a-t-il d’autres personnes qui font du JdR ?


    Morgane Reynier : Oui, Maxime, mon fiancé.

Axelle Bouet : Mon petit frère et ma petite soeur en ont fait longtemps, ils furent mes premiers joueurs. Du reste, ayant peu de contact avec ma famille naturelle, je ne peux pas en dire plus.

Alysia Lorétan : Non, je suis « l’artiste » de la famille.

Emilie Latieule : Oui mon mari.

 

Katia Nugnes : Non. Quand j’ai parlé à ma famille de mon investissement dans le jeu de rôle, ma mère et mon frère ont essayé une partie un jour, lors d’un événement auxquels ils ont participé (mais je n’y étais pas). Ils n’ont pas du tout aimé et ont trouvé cela trop difficile.

 

  1. Travailles-tu à côté du JdR ? As-tu d’autres projets que des projets rôlistes ?

    Morgane Reynier : Je suis guide animatrice sur un chantier de château fort, ce qui m’occupe 7 mois ½ dans l’année. En dehors des jeux, j’ai aussi des projets pour des textes et des poèmes que j’écris.

Axelle Bouet : Je suis illustratrice, donc je fais des couvertures, des illustrations pour livres de JDR, des affiches, etc etc etc… et j’écris le plus souvent possible pour faire avancer le second des neuf tomes prévus des Chants de Loss, ce qui est peu mon plus grand projet.

Alysia Lorétan : Graphismes et horticulture. Aucun autre projet concret pour l’instant.


Emilie Latieule :
Oui je bosse à côté, mais j’ai plein de projet en tête, d’idée ou d’envie.
Katia Nugnes : J’enseigne le français dans un collège du Haut Doubs.

Je suis aussi la fondatrice de « Bien écrire », chaîne YouTube et site Internet qui ont pour objectif de rappeler les règles d’orthographe, de grammaire et de conjugaison.

https://www.youtube.com/channel/UCGQpfDrCLmHLfGaj1_jse_A
Femme et considération

1. Te considères-tu comme féministe ou assimilée (recherche d’une égalité homme/femme) ?

Morgane Reynier : Tout à fait, je me considère pleinement comme féministe. D’ailleurs, je trouve amusant de noter que je dois cette prise de conscience à un ami rôliste.

Axelle Bouet : Sans hésiter, et militante mordante qui a une grande gueule et les moyens de ses arguments. Néanmoins je suis sûrement fâchée avec autant de féministes intégristo-crétins qu’avec des machos débiles et sexistes. Je n’aime pas les extrêmes et raccourcis de pensée, je hais la bêtise, et dans ce domaine, comme dans tous les domaines où le slogan remplace la réflexion, la bêtise prospère.

Alysia Lorétan : Je me considère comme un être vivant qui cherche une équité en général et pour tout le monde. Une utopiste en somme. Donc on peut dire que je suis un peu féministe non militante active. En fait je milite déjà pour moi-même, partant du principe logique que je ne peux pas militer pour les autres si je ne suis pas capable de le faire pour moi.

Emilie Latieule : Je ne pense pas me considérer comme féministe ou assimilée, la femme n’est pas l’égal de l’homme et inversement, mais ce n’est pas pour autant que l’un est supérieur à l’autre. L’homme et la femme sont complémentaires.

Katia Nugnes : Je recherche clairement une plus grande égalité entre hommes et femmes. Cela dit, le mot « féministe » recouvre des idées tellement étendues que je ne me reconnais pas dans ce mot.

Je ne pense pas que les hommes oppriment les femmes ; je pense que certaines habitudes ont été prises et qu’elles sont tout aussi néfastes pour les hommes que pour les femmes. Il suffit de changer ses habitudes, et l’inégalité disparaîtra d’elle-même, petit à petit.

  1. Es-tu la porteuse de projet ? Sinon quand et comment as-tu rejoint l’équipe ?

    Morgane Reynier : Je suis la porteuse de mes projets de jeu et l’initiatrice de l’équipe qui travaille dessus (je prends pour exemple Chrysopée, où j’ai contacté une illustratrice). Quant au podcast de la Cellule sur le jdr, je l’ai rejoints parce que Romaric, l’animateur, est aussi l’auteur de Sens Hexalogie et que son jeu a conquis mon fiancé et moi-même. Nous avons donc rejoint l’équipe d’abord comme joueurs de Sens avant de devenir des intervenants réguliers.

Axelle Bouet : Je suis porteuse de projet. C’est en fait mon entourage qui m’a convaincue que l’univers des Chants de Loss ferait un bon jeu de rôle… Mon éditeur a insisté en cœur, alors à force, je m’y suis mis en cherchant des collaboratrices, ma compagne, et une de mes plus proches amies furent de suite de la partie !

Alysia Lorétan : Je ne porte pas le projet, enfin pas directement. Je suis dans l’équipe depuis le début, le projet étant celui de ma puce.

Emilie Latieule : C’est Axelle qui porte le projet.

Katia Nugnes : Au début, je n’étais pas dans le projet. Je m’y suis greffée petite à petit au vu de la masse considérable de travail que Vincent Henry devait faire en un temps limité. Au commencement, je n’ai fait que donner un coup de main sur la gestion du projet. Au final, j’ai fini par co-écrire le kit d’initiation de 100 pages.

  1. As-tu l’impression que les hommes de l’équipe (s’il y en a) surestiment ou sous-estiment ton travail ?Morgane Reynier : Non. En l’occurrence, je n’ai pas d’équipe de travail mais je considère que les autres auteurs des Ateliers peuvent être considérés comme « membres de l’équipe des Ateliers ». Je n’ai jamais eu la sensation que mon travail était jugé selon mon sexe.

Axelle Bouet : Y’en a pas ! Si, y’a des contributeurs qui nous regardent bosser, nous aident en testant et relisant, critiquent le résultat etc.… ils me connaissent tous, moi et mon humeur de chiotte entartrée, donc ils veillent à ne pas m’agacer. Ou ils le font exprès parfois. Mais en aucun cas l’un d’eux n’a eu la mauvaise idée de sous-estimer notre travail. Pas plus que de le surestimer, ce qui m’aurait tout aussi vite agacée (exception de mon éditeur, mais bon… il réagit comme un vrai fan, je ne peux pas lui jeter la pierre).

Alysia Lorétan : Non. Les critiques sont constructives comme les conseils, qu’ils viennent d’homme ou de femme, ou des deux à la fois.

Emilie Latieule : Alors là, je n’en ai aucune idée. Et franchement, je connais mon travail et je n’ai pas besoin de savoir si on l’estime ou pas, ce qui m’importe, c’est s’il convient à Axelle.

Katia Nugnes : Je n’étais pas dans le projet au départ. C’est moi-même qui sous-estimait mon travail.

 

  1. Les personnes qui viennent à ton stand ou te parlent du jeu de rôle te considèrent-elles comme membre de l’équipe ?

    Morgane Reynier : Oui, et j’en ai été étonnée moi-même. Durant Octogônes, où je présentais Chrysopée et d’autres jeux, je n’ai jamais eu la sensation d’être simplement « l’amie de » ou « la compagne de ». Mon avis était autant écouté que celui des autres membres du stand, par les hommes et les femmes.

Axelle Bouet : Ô combien il est même fréquent que je doive rappeler que je ne suis pas seule sur le projet, et que nous sommes trois co-créatrices.

Emilie Latieule : Je ne suis pas sur les stands.

Katia Nugnes : Cela n’étonne pas du tout les gens de voir une femme présenter le jeu de rôle Ladies. Bien au contraire… Il est même arrivé que certains soient étonnés que ce soit un homme, Cyril Benoît, qui ait écrit le roman d’ambiance lié au jeu de rôle. Quand je dis que les hommes ont aussi beaucoup à perdre à cause des préjugés hommes et femmes…

  1. As-tu l’impression que ces personnes surestiment ou sous-estiment ton travail ?

    Morgane Reynier : Parce que je suis une femme ? Je n’en ai pas eu l’impression. A l’heure actuelle, je n’ai eu aucune remarque qui tendait à signaler que mon travail était perçu par le filtre de mon sexe. Au contraire, les personnes qui se sont penchées sur mon travail l’ont jugé comme œuvre, et non comme « œuvre de femme ». Aucune remarque n’a d’ailleurs relevé que nous étions finalement deux femmes à bord : Marion, l’illustratrice de Chrysopée, et moi-même.

Axelle Bouet : Dans tous les cas, non.

Alysia Lorétan :
Sur un stand, je suis l’ombre, la superviseuse du confort de l’artiste. Et surtout je ne parle pas beaucoup voir pas du tout, c’est pas mon trip. Discrétion et efficacité ça oui.

Emilie Latieule : Cf mes deux réponses précédentes J

Katia Nugnes : Ni l’un ni l’autre.

  1. Est-ce que tu as l’impression qu’en tant que femme tes co-auteurs ou partenaires te considèrent différemment ?Morgane Reynier : Il est vrai qu’il est un peu étrange d’entendre que l’on est « la première auteurE » des Ateliers. Je me réjouis qu’on mette l’accent sur plus de mixité. Personnellement je ne me considère ni auteurE ni femme-auteur. Je suis auteur, tout simplement.
    Au-delà de cette remarque affectueuse qui a dû être faite une ou deux fois, je ne me sens pas considérée comme femme. Simplement comme créatrice de jeu, à la même échelle que n’importe qui d’autre.

Axelle Bouet : Ça oui, ce qui vaut parfois quelques rappels à l’ordre légers. Par exemple, le JDR Les Chants de Loss place les femmes dans une situation parfois complexe (analogue à un monde machiste et sexiste peu très cool). Je dois alors rappeler que c’est bel et bien une série de choix dans cet univers volontairement mature et appuyant sur l’interprétation, et que ce point n’est ni une apologie du sexisme, ni une farouche dénonciation de ce dernier par une féministe aux dents longues.

 

Alysia Lorétan : Non, on est une bandes d’ami(e)s donc pas de soucis à ce niveau-là pour moi.

Emilie Latieule : Absolument pas.

Katia Nugnes : Je ne pense pas.


  1. Es-tu en couple avec un(e) rôliste ? Si oui, es-tu en couple avec un des membres de l’équipe ? Avant ou après le début de votre coopération ?


    Morgane Reynier : Oui, mon fiancé est un rôliste. Il est un soutien considérable à mes projets mais ne fait pas parti de mon équipe de travail. Néanmoins, il est membre des Ateliers sans être créateur. Nous étions déjà en couple avant de rejoindre le forum.

Axelle Bouet : Je suis en couple avec Alysia, et ce depuis 10 ans !

 

Alysia Lorétan : Je suis en couple avec la créatrice/auteure/illustratrice des Chants de Loss et cela depuis une décade.

Emilie Latieule : Oui et Non, en fait, c’est un rôliste peintre de figurine qui préfère ses figurines.

Katia Nugnes : Je suis en couple avec l’un des membres de l’équipe, Vincent Henry. Et je l’étais avant le début du projet (je n’aurais peut-être pas rejoint le projet sinon)…
Femme et jeu de rôle

1. Connais-tu beaucoup de femmes rôlistes ?

Morgane Reynier : J’ai beaucoup d’amies rôlistes, et j’entends souvent parler d’amies d’ami-e-s. Sur les conventions, je croise finalement de nombreuses femmes qui pratiquent le jeu de rôle ou qui souhaitent le faire.

Axelle Bouet : La moitié des joueurs que je fréquente, au bas mot. Mais j’en ai toujours beaucoup connue. Je suis MJ, et un MJ fille attire plus aisément (ou attirait, maintenant, cette différence s’estompe), les joueurs filles.

Alysia Lorétan : Beaucoup c’est vague. J’en connais un certain nombre.

Emilie Latieule : Je connais des femmes rôlistes, considérer que c’est beaucoup je ne sais pas.

Katia Nugnes : Très peu. Je joue en association, et il y a une très grande majorité d’hommes.

  1. As-tu l’impression qu’elles sont nombreuses ou non ?

    Morgane Reynier : Je crois qu’on sous-estime leur proportion dans la population rôliste, et qu’elles sont sans doute de plus en plus nombreuses. Surtout, j’en rencontre énormément qui sont rôlistes pour elles-mêmes et non pas uniquement pour accompagner des amis ou un compagnon rôlistes. Et j’ai l’impression qu’elles parlent plus librement de leur pratique maintenant. Je trouve cela très bien !

Axelle Bouet : Environ 20-25% dans les conventions où je me rends, à vue de nez.

 

Alysia Lorétan : Plus nombreuses qu’il y a 10 ans.

 

Katia Nugnes : Peut-être, mais pas en association. En tout cas, quand j’étais étudiante, il y a plus d’une dizaine d’années, ce n’était pas un loisir courant chez les femmes. Peut-être cela a-t-il changé.

  1. Que penses-tu de la place de la femme dans les univers de jeu de rôle ?

    Morgane Reynier : C’est un vaste sujet. Il existe maintenant beaucoup d’univers très variés et je suis loin de les connaître tous. Tous les personnages sont généralement archétypaux, dans le jeu de rôle. Or je trouve que les archétypes féminins sont moins nombreux que les archétypes masculins.
    Dans la psychologie, dans les ambitions et les comportements et même dans la représentation graphique, les femmes sont peu variées. Leurs atouts restent bien souvent esthétiques et les grandes ambitions restent l’apanage de personnages masculins. Les leaders sont majoritairement des hommes et on a du mal à sortir de la traditionnelle « archère sexy » ou de la « magicienne médecin ». En somme, les femmes sont souvent minoritaires, en lisière des conflits comme soutien à distance et restent pour beaucoup les damoiselles à secourir ou les failles sentimentales du groupe.
    Cela dit, les discussions sur le sujet pourraient bien faire bouger les lignes et il ne s’agit pas que d’un problème de joueuses. Les joueurs peuvent aussi râler qu’on leur resserve perpétuellement les mêmes gamelles réchauffées. Tout comme j’en ai assez de slalomer entre miss-univers-avec-un flingue et miss-régime-avec-des-super-pouvoirs, ça me gonflerait qu’en tant qu’homme on me propose en permanence le héros musclé, ombrageux et séducteur. Hm, attendez voir….
    D’autant que ces clichés ne correspondent finalement qu’assez peu à la réalité du terrain. Mais ils continuent d’être les arguments qui feront vendre et qui formateront donc les jeux et les esprits.

Axelle Bouet : ça commence à aller mieux, mais y’a encore du boulot : idées reçues, préjugés, mysoginie et réflexes sexistes de gentillets à carrément odieux y ont encore trop souvent bonne place. On me dira c’était pire y’a 20 ans…. et oui, je sais, j’y étais. Mais je serai pas contre que ce soit ENCORE mieux maintenant.
Alysia Lorétan : Dans la réalité, pas différente de la place des autres créateurs rôlistiques même si il y a forcément des avis bien arrêtés mais ça c’est une constante dans tous les domaines. Les con(ne)s il y en aura toujours partout.

Emilie Latieule : Nombreuses ou pas, la femme aura la place qu’elle désire avoir, car ce n’est pas la quantité qui fait la qualité J. Je suis loin du monde professionnel de la création de JDR, pour moi c’est un loisir, donc un plaisir non un boulot.

 

Katia Nugnes : Je trouve l’archétype de la femme séductrice beaucoup trop répandue. Je vois beaucoup d’hommes le jouer, comme s’ils avaient l’impression que les femmes avaient un pouvoir sur les hommes de par leur aptitude à charmer.
Étonnamment, pas mal de femmes jouent aussi un rôle de séductrice.

 

  1. Hors univers parodiques, les univers de jdr te paraissent-ils machistes ?

    Morgane Reynier : J’entends machiste dans le sens : valoriser des hommes ou des comportements correspondant à une image virile de l’homme et considérer les femmes comme subalternes ou inférieures dans des domaines et activités prestigieuses parce qu’elles sont des femmes.
    Oui, en tout cas pour la majorité des jeux très connus (car je suis très loin d’avoir fait le tour!). En même temps, notre société EST machiste et beaucoup de représentations semblent naturelles parce que nous les côtoyons tous les jours, ce qui ne veux pas dire qu’elles sont normales.
    Qu’est-ce que l’univers d’un jeu de rôle ? Le texte dans le livre ? Certains ouvrages échappent au machisme à la lecture mais il suffit de se pencher sur les illustrations pour retrouver des canons esthétiques qui sont parfaitement machistes. (coucou Savage Worlds!) Le bikini-armure et/ou la pose langoureuse et passive sont des classiques pour représenter les femmes qui sont toujours d’actualité. BOOBS.Or, bien souvent, la parodie ou l’humour sont avancés comme explication pour justifier une illustration ou un archétype machiste. Mais on peut aussi apprendre à faire de l’humour sans sortir l’éternelle pin-up ou la sœur de bataille du placard.  Dans la phrase « c’est du machisme mais comme tu sais que je sais que c’est du machisme, c’est de l’humour », le point clé est : c’est du machisme.Par ailleurs,  je crois qu’être une auteur ne sauve pas de ces travers. Le machisme a des formes parfois subtiles et n’est pas le seul fait des hommes. Je vais donner un exemple très concret. Dans mon jeu Chrysopée, je consacre de longs chapitres à décrire l’univers du jeu. Or il se trouve que je parlais toujours des « hommes des steppes », des « hommes du monde », etc. Il a fallu qu’on attire mon attention sur cet excès de langage pour qu’apparaissent « les peuplades nomades » « les habitants », etc. Ça n’a l’air de rien, mais finalement mon univers perdait de sa mixité par le texte, et ce bien contre mon gré.

Axelle Bouet : Non, pas particulièrement, en tout cas plus du tout depuis ces 10-15 dernières années.

Alysia Lorétan : Tout dépend de ce que veut retranscrire l’univers du JdR, quelle son environnement, ses sociétés, etc… Donc oui, il y a des univers machistes, les Chants de Loss est machiste mais pas seulement. Ce sont les joueur(se)s qui vont au final décidé si le monde dans lequel ils vont jouer est machiste, féministe, écolo, pacifiste, ubuesques et à quel niveau. C’est le principe même du JdR, imaginer, faire rêver et s’amuser comme on en a envie.

 

Emilie Latieule : Non, je ne pense pas, c’est le joueur qui fait son personnage.

Katia Nugnes : Beaucoup ne font aucune différence entre hommes et femmes. Dans la quasi-totalité des univers dans lesquels j’ai joué, il y a égalité parfaite entre hommes et femmes. Même dans des univers totalement corrompus, totalement injustes et inégalitaires. Dans Deadlands, les femmes ont le droit de vote, alors même que la société alternative de l’univers est encore plus malsaine que celle du dix-neuvième siècle.

Cela dit, quand on veut mettre un petit peu d’ambiance historique dans un univers, même alternatif, il n’est pas inintéressant de garder quelques paramètres ; conserver des différences de droit hommes/femmes, c’est devoir rechercher des moyens de les contourner (et aussi mieux comprendre certaines mentalités néfastes).

D’autre part, les clichés hommes-femmes, dans certains univers, restent sous-entendus et non exprimés directement, ce qui est encore pire. Edit : Je rejoins Morgane sur le problème de la femme en bikini-armure.

  1. Penses-tu que les hommes et les femmes jouent différemment ?

    Morgane Reynier : La question est difficile. Hommes et femmes ont la possibilité de jouer tout ce qu’ils veulent, indépendamment de leur sexe. Cependant, la société nous forme à envisager le masculin et le féminin d’une certaine façon. Et donc les hommes et les femmes jouent différemment parce que leur comportement de joueur ou de joueuses découle de ce formatage. Mais c’est parce qu’ils ont appris à agir ainsi, non parce que c’est inscrit dans leur patrimoine génétique.
    Dire qu’une façon de jouer est « plus féminine » ou « plus masculine » est une construction sociale, tout comme dire « une femme joue ainsi » ou « un homme joue ainsi ».
    Dans l’absolu, ce sont les joueurs et les joueuses qui jouent différemment des autres joueurs et joueuses.
    Ma formation en sociologie revenant au galop, je rajouterai que nous sommes toutes et tous construits par la société, et donc que les hommes et les femmes jouent certainement différemment les uns des autres. Néanmoins ce n’est ni une obligation, ni une fatalité !

Axelle Bouet : Ils pensent différemment. Mais jouer différemment, c’est en fait assez subtil, et si on retire les idées reçues et les réflexes sexistes (des deux côtés), il s’avère que les différences sont bien inférieures aux similitudes. Pis merde, la moitié de mes persos sont des bourrins de blockbuster, je serais mal placée pour juger 😛

Alysia Lorétan : Oui. Il y a des stéréotypes quoiqu’il arrive et finalement chacun à sa manière de jouer sans rapport direct avec son genre. Il est difficile de jouer le genre opposé, certaines personnes y arrivent plus facilement que d’autres mais c’est loin d’être simple d’être fidèle à la « réalité » qui s’amuse à offrir une quantité de personnalités différentes, d’individus.

Emilie Latieule : Les hommes et les femmes sont différents, ils ne peuvent jouer que différemment.

Katia Nugnes : Clairement.

Tous les hommes ne jouent pas forcément de façon musclée ; par contre j’en vois beaucoup plus privilégier le combat sur la communication, se lancer des défis très risqués etc.

Je vois beaucoup plus de femmes axées sur la psychologie des personnages, être dans l’interaction sociale. Mais pas uniquement. C’est un plaisir de jouer avec Cyril Benoît par exemple ; autant en meneur, qu’en joueur, il est excellent dans la subtilité psychologique, dans l’aptitude à détecter ou à inventer des failles de caractère etc.



Voudrais-tu rajouter quelque chose à ces questions ?

Morgane Reynier : J’espère que, tout comme il y a de plus en plus de joueuses de jeu de rôle à se manifester, il y aura de plus en plus de femmes qui prendront la parole avec une casquette d’auteur, d’initiatrice et de porteuse de projet. Et que la communauté saura les accueillir comme telles et non comme femmes-auteur, ou femmes-initiatrices. Simplement pour ce qu’elles sont : des créatrices.

Axelle Bouet : Non 😀

Alysia Lorétan : Pas spécialement.

Emilie Latieule : Oui, Axelle est une râleuse.

Katia Nugnes : Non…

 Où retrouver ces artistes ?

Morgane Reynier : http://www.rosedesventseditions.com/

Axelle Bouet, Alysia Lorétan, Emilie Latieule : http://www.loss-jdr.psychee.org/

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2 réflexions au sujet de « Les femmes artistes dans le jeu de rôle : interviews »

    1. Merci d’avoir participé à l’interview, Alysia.
      Pas de souci pour les fautes, c’est normal d’en faire (tant que tu n’écris pas en langage phonétique, c’est bon pour moi ^^).
      Katia

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