Le héros humain et/ou humaniste


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Il n’y a pas vraiment de différence de structure entre l’histoire du demi dieu et l’histoire du héros humain. On retrouve toujours une situation de départ un peu monotone, un pousse à l’action, une quête avec adjuvants/ opposants et un retour avec objet de la quête pour changer le monde.

Une famille de héros humains reprend tous les codes du héros demi dieu: c’est la grande famille des princes. Ils n’ont pas de sang divin mais tout de même du sang royal et, selon les croyances et l’époque, ça peut suffire à en faire des hommes et femmes supérieurs à tous les niveaux.

Si on prend le cas de Thésée on a, comme pour le demi-dieu, une naissance extraordinaire avec oracle, magicienne et patin couffin. On ne saura d’ailleurs jamais vraiment qui est le père vu que juste après Egée, le papa officiel, la mère s’est tapé Poséidon. Il a aussi droit à une révélation de son sang royal quasi copie conforme avec celle d’Arthur sauf qu’au lieu de sortir une épée d’un rocher, il doit soulever le rocher pour trouver l’épée et tout le reste. C’est pas étonnant vu que les deux sont des héros fondateurs.
Pour le reste, il a toutes les qualités parce qu’il est de sang royal. Il est précoce en tout parce qu’il est de sang royal.  Il dérouille des méchant, échappe à des tentatives d’empoisonnement, dompte un taureau, met un coup de boule au minotaure et a jamais vraiment l’air de se fouler parce qu’il est de sang royal. On voit bien qu’il suffit de remplacer sang royal par sang divin pour avoir le héros demi dieu classique, et on peut en dire autant des princes charmants, des chevaliers etc. En fait, chaque fois qu’on a un héros qui fait le café parce qu’il a une parenté spéciale, parce qu’il est l’élu d’une prophétie à la noix ou autre, on a juste un héros demi dieu déguisé.

Ensuite il y a mes héros préférés, je m’en cache pas. Les héros VRAIMENT humains, et forcément un peu humaniste quitte à l’être avant l’heure.
On a dit beaucoup de bêtises sur l’humanisme, soit pour le discréditer soit pour l’utiliser comme prétextes d’idéologies moisies. Entre autres, ces bêtises ont servi de prétextes à la colonisation, au capitalisme, au scientisme et à la dévastation de la nature, d’où l’intérêt d’une petite mise au point: NON, l’humanisme ne dit pas que l’homme est, par essence, la plus parfaite des créatures à qui il revient de plein droit de soumettre et d’exploiter toute les autres formes de vie de l’univers. NON, l’humanisme ne prêche pas la science sans conscience, ni la résolution de tous les problèmes humains par la technologie. NON, l’humaniste, quoi que d’origine Européenne, ne prétend pas que la culture et la morale occidentale soient les meilleures du monde et NON, il ne prétend pas non plus que visser huit heures par jours le même boulon sur la même chaîne de montage soit un modèle de vie épanouissante. Les deux valeurs phares de l’humanisme sont le travail, certes, mais pas n’importe lequel et surtout, l’étude, avec ce que ça comporte de libre circulation des savoirs. Le tout, non pas dans le but premier de fabriquer des babioles technologiques toujours plus sophistiquées, mais dans une optique d’amélioration de soi. L’idée n’est pas que l’homme est une très grande chose par nature mais qu’il l’est potentiellement, aussi bien sur les plans physiques et intellectuels que moraux, et qu’on ne sait même pas encore à quel point. Le héros humaniste est celui qui réalise son potentiel en tant qu’humain.

Un truc dont j’ai pas parlé à propos du héros demi dieu, c’est que classiquement, l’histoire d’un héros peut démarrer à deux moments: soit quand il est déjà accompli, soit quand il fait ses premiers pas sur le parcours qui fera de lui un héros. C’est moins important pour le demi dieu qui est toujours un peu initié de naissance, mais ça devient très tranché avec le héros humain qui ne part de rien. Par exemple, les Batman de Tim Burton partent d’un Batman accompli, alors que Batman begins part de la base. Ca change pas grand chose, dans le sens où même un héros globalement fait peut toujours vivre une petite histoire initiatique. Même Sherlock Holmes en apprend un peu plus à chacune de ses enquêtes et se retrouve régulièrement confronté à ses démons avec une chance de les dépasser. Il arrive aussi que la principale histoire initiatique soit celle d’un perso secondaire: un adjuvant, opposant, voire carrément l’ennemi principal du héros. C’est le cas de Batman le défi qui présente un héros accompli et deux quêtes initiatiques, dont une échouée.

Le thème central de ce film est la bestialité ou la monstruosité. Batman, en tant que héros accompli, est en paix avec sa bête. Il l’accepte, la maîtrise et l’utilise quand le besoin s’en fait sentir. Il se paie même le luxe de l’utiliser pour le bien commun. Le pingouin lui, est complètement dominé par se bête depuis la petite enfance. C’est une créature de Frankenstein haï et rejeté en raison de sa difformité au point de haïr l’humanité entière, à commencer par les enfants qui ont eu plus de chance que lui . Mal entouré, mal guidé, il n’essaiera de dépasser sa bête que sur le plan superficiel en devenant un personnage politique adulé. Quand la foule se retournera contre lui, il se laissera complètement dominer par sa bête, ce qui causera sa perte. Catwoman, ma ch’tite préférée que j’ai gardée pour la fin, vit au début du film dans le déni de sa bête. Il n’y a qu’à cette condition qu’elle peut supporter sa vie d’esclave et de souffre-douleur d’un patron infect. Suite à un événement traumatisant, elle rejette sa vie passée et s’éveille au pouvoir de sa bête. Batman sera à la fois son adversaire et une sorte de mentor.

Mais je m’égare. Alors comme la dernière fois, un schéma classique de la quête initiatique du héros. Comme la dernière fois, il y a des persos historiques et même, pour autant que je sache, un personnage religieux dont l’histoire, telle qu’on la raconte, colle avec ce modèle. En tout cas quand on la raconte dans sa version laïque.
Dans les héros de fiction (je parlerais une autre fois des anti-héros) on peut se faire plaisir avec en vrac Don Quichotte, Cyrano, Jean Valjean  les héros des contes de Voltaire, les héros de Marcel Aymé « l’humaniste désabusé », une pétée de héros de science fiction (je salive d’avance à l’idée d’un le saviez vous sur les héros de Van Vogt), les héros de Pratchett (Mémé Ciredutemps est carrément un manifeste de l’humanisme, surtout dans Nobliaux et Sorcières ) Maximus le héros de Gladiator, dans les super héros Batman et Spiderman et, d’une certaine façon, Néo. Le Léonidas de 300 mérite d’apparaître ici. Même si c’est globalement un film de bourrins, il garde un message plus ou moins humaniste dans le fond. Par contre, je le classe dans les super héros: que celui qui a vu un vrai athlète humain égaler les spartiates du film me jette la première pierre.
J’en oublie. J’en oublie des milliers et je suis très, très partial.

« Je ne suis personne! »
Le héros humaniste au début de son initiation est ce que nos arrière grand parents appelaient un « fils de quatre fesses » (j’adore le vieil argot). Autrement dit, un fils de deux humains ordinaires, lui même assez ordinaire.  Evidemment, ça se nuance: Bruce Wayne hérite d’une grande fortune, Néo est soit disant l’élu annoncé par la prophétie d’un Oracle (marrant que presque personne ne se demande élu et oracle de quel dieu. Plus tard, il comprendra que l’oracle est un programme et l’élu, une simple anomalie). Mémé a un grand pouvoir qu’elle n’utilise pratiquement jamais et dont elle s’évertue à prouver que c’est pas ça qui fait une sorcière.
L’important est qu’au début de son parcours, il ne soit pas ou si peu supérieur aux autres, que ce soit physiquement, intellectuellement ou moralement.

« Le monde est une prison où il n’y a ni espoir ni saveur ni odeur. Une prison… pour ton esprit »

Le héros n’a pas grandi sur la planète sympa, ou alors la planète sympa était illusoire. Il vit dans un monde qui a des problèmes: crimes, corruption, totalitarisme, illusions, obscurantisme…
Et Spiderman direz vous? Certes, Peter Parker vit dans une toute petite planète sympa avec sa tante May et son oncle Ben mais dès qu’il sort de chez lui, il est confronté à la réalité du crime, de la pauvreté et d’un obscurantisme très sous estimé, néanmoins encore plus bête et méchant que l’obscurantisme politique ou religieux: L’obscurantisme LYCEEN. C’est juste un bon gosse timide et sérieux dans ses études , et ça suffit à en faire le défouloir sur pattes des bourrins qui méprisent la connaissance, et la risée des p…. Argh! Disons jeunes filles immatures représentatives de quelque rimes en « asse » qui n’ont d’yeux que pour les bourrins, de préférence avec grosse bagnole et gros portefeuille.

« La première fois, tout le monde tombe »
Le héros va faire des erreurs. Il n’a pas de supériorité, même morale, avec qui que ce soit. Classiquement, il peut s’abaisser au rang de ce qu’il essaie de combattre. C’est ce que fait Batman en essayant d’assassiner la petite frappe qui a tué ses parents et Spiderman qui se sert de ses pouvoirs pour faire le keket, se rapprochant des brutes qui l’humiliaient quand il était faible. Neo préfèrera une fois se laisser arrêter par les agents plutôt que de prendre des risques pour sa liberté. La quasi totalité de l’histoires de Don Quichotte est une suite d’erreurs, celle de Cyrano aussi dans ce qu’il y a de vraiment important.

« Tu dois te libérer de tout Neo. Oublie la peur, le doute et la vraisemblance. Libère ton esprit. »

Au début de leur histoire, les héros humains en herbe ne peuvent pas combattre la médiocrité qui les entourent, simplement parce qu’ils en font partie. S’ils veulent rendre leur monde meilleur, il va leur falloir s’améliorer eux même. D’où, parcours initiatique. L’entraînement physique est la part la moins intéressante, elle est carrément zappée dans l’histoire de Spiderman qui devient super fort par un simple accident. Le message de l’histoire est dans la manière dont le héros va dépasser ses préjugés moraux et/ou ses conditionnement psychologiques. Dans Spiderman, c’est surtout une évolution morale. La maxime « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » a l’air un peu gnangnan comme ça, mais elle prend tout son sens quand on sait que le perso de Spiderman a été imaginé en 1953, moins de dix ans après la bombe atomique. Dans Matrix, elle est surtout psychologique. Dans Batman begins, il y a les deux.

« Mon nom est… Neo!!! »
Le héros humaniste n’est pas le toutou d’un dieu ou d’une prophétie. Il a une mission à accomplir: celle qu’il s’est choisi en son âme et conscience compte tenu de ses moyens, de ses aspirations et des besoins qui l’entourent.   S’il doit en arriver là, il est même possible qu’il se retourne contre son mentor (Batman begins encore)
C’est pas forcément une mission épique. Le boulanger qui fait du bon pain à un prix raisonnable rend le monde meilleur, à son échelle. La mission que se donne Candide à la fin de son voyage, c’est « cultiver son jardin. » Rien que ça: devenir meilleur pour soi et pour les autres.

« Il y mettait du temps, du talent et du cœur
Ainsi passait sa viiie au milieu de nos heures
Et loin des beaux discours, des grandes théories
A sa tâche chaque jour, on pouvait di-reuh de luiiiiiiiiiiii!!!!! » Razz

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