Les monstres sacrés et leurs contrefaçons: Frankenstein, le Promethée moderne


victor-frankenstein-daniel-radcliffe

C’est un peu le papy du genre: il date de 1818. J’ai beaucoup hésité à lire ce bouquin. Je croyais que l’histoire de Frankenstein était une fable obscurantiste qui prêchait la méfiance envers la science et la soumission aux « lois de la nature », sûrement une déformation du cinéma. C’est pas le cas du tout. Presque 70 ans le sépare de Dracula et pourtant, c’est encore lui qui me paraît le plus moderne.
C’est un livre qui parle un peu de la science et de son mésusage, c’est vrai, mais c’est surtout un livre sur l’amour et les origines du crime, à travers les histoires opposés de Victor Frankenstein et de sa créature. _ Victor répète qu’il a eu une enfance heureuse, quoique marquée par plusieurs deuils. Une mère très douce et très attentionnée, un père exemplaire, une sœur adoptive adorable, de l’amour, du respect, des encouragements et une éducation saine et intelligente qui sera pour beaucoup dans la réussite de ses études: « En m’élevant, mon père prit grande soin que mon esprit ne fût pas impressionné par l’horreur des choses surnaturelles. Je ne me souviens pas qu’un récit quelconque, inspiré par la superstition, m’ait fait trembler le moins du monde, ni que j’ai jamais eu peur à l’idée de voir apparaître un fantôme. L’obscurité n’avait aucun effet sur mon imagination, et un cimetière n’était, à mes yeux, que le réceptacle de corps privés de vie qui, après avoir été dotés de beauté et de force, devenaient la pâture des vers. »
En gros, il avait toute les cartes en main pour devenir un grand homme et il l’est devenu. C’était d’abord un philanthrope qui voulait faire progresser la connaissance et la médecine, mais sa création lui a échappé.
Le monstre, lui, a été « abandonné à la naissance » par son créateur écœuré par sa laideur, en particulier par l’impression de vide dans son regard de nouveau né. Le coté pataud et greuh greuh du monstre vient sûrement de la représentation massive de la scène de sa naissance où, effectivement, il baragouine et titube simplement parce qu’il vient juste de prendre conscience, d’où aussi le vide de son regard. En réalité, son intelligence est bluffante et son agilité, largement supérieure à celle des humains, lui permet d’être insaisissable par des groupes de chasseurs. Il se balade sans problème dans les montagnes les plus pentues en grimpant ou en sautant comme Hulk (le personnage de Hulk vient de là.)

Il est aussi très émotif et deviendra malade de solitude après avoir été plusieurs fois rejeté malgré sa bienveillance par des hommes qu’il considérait comme évolués, juste à cause de son apparence. Ça donnera cette scène mythique où, devenu fou de rage, il traversera la forêt par bonds en hurlant à la lune et en dévastant tout sur son passage (Hulk, encore).  Pour finir, il sauve encore une gamine de la noyade et la ramène à son pôpa alors qu’après tout ce que les humains lui avaient fait, il aurait très bien pu s’en foutre, et il se prend encore une balle dans l’épaule. Il essaie finalement d’approcher un autre gamin en le croyant trop jeune pour être déjà formaté par les préjugés de ses parents, se fait traiter pire qu’une merde, et c’est là qu’il dérape et le bute. Pour se venger des humains, il fera accuser et condamner à mort une innocente, retournant ainsi la brutalité des humains, leur manichéisme et leurs jugements hâtifs basés sur les apparences contre eux.
Sur le tard, Frankenstein comprendra que son crime n’est pas d’avoir créé le monstre mais de l’avoir abandonné.
Je cite l’auteure:  « Ni la malveillance ni les crimes de la créature solitaire, bien que blessants et formidables, ne sont le fruit d’une indicible propension au mal; Ils découlent irrésistiblement de certaines causes parfaitement liées à leur déclenchement. Ils sont les enfants (…) de la nécessité et de la nature humaine. C’est en cela que consiste la morale première du livre; Et c’est peut être la morale la plus importante de toute celles qui peuvent être enseignées par l’exemple, et la plus universelle dans ses applications »

Et… je me rends compte que j’ai déjà écrit une tartine en effleurant à peine mon sujet. Bon, à bientôt pour de nouvelles et passionnantes aventures.

Une réflexion au sujet de « Les monstres sacrés et leurs contrefaçons: Frankenstein, le Promethée moderne »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *